Les courses

Sinon à part ça, je ne vais pas souvent faire les courses. Mon truc, c’est plutôt de commander sous macOS, bien posé dans mon canapé, un rap de quarantenaire dans les oreilles, en pensant aux âmes perdues qui poussent leur caddie dans un labyrinthe de métal. Je suis le genre de gars qui commande une seule éponge sur Amazon, alors devoir me servir et perdre du temps, c’est un concept qui me parle pas. J’aime le drive, mais ce soir, je n’ai pas eu le choix, je me suis pointé sur le parking du @e.leclercsoustons. Une fois entré, je réalise que je n’ai pas de caddie. Ça part mal. Demi-tour. Ils me foutent déjà la rage à peine arrivé. Direction la sortie. Sur le chemin, je maudis tout le monde. J’approche des vilains chariots plastiques et mets la main dans ma poche, rien. Nouveau détour, direction ma voiture pour trouver la fameuse pièce d’1 € perdue sous le siège conducteur. Franchement, dans ces moments, je pourrais dépasser du coloriage et craquer . J’essaie de me satisfaire de ma condition de simple galérien, car je pourrais être amoureux des supermarchés et y planifier ma sortie du weekend avec les enfants… Mon caddie a une roue fatiguée. Elle tremble comme un gosse au commissariat, arrêtée pour un vol de chewing-gum. L’engin avance en crabe, je suis obligé de soulever l’avant et de faire comme si tout allait bien malgré mes muscles tétanisés. J’attaque ma liste de courses avec des produits introuvables que l’on ne voit que chez les autres : mascarpone, confiture de lait, cacao en poudre non sucré, sucre vanillé. Rien de simple, que des produits cachés dans les recoins des rayons (normal, personne n’en veut). La bière et les lardons, tu galères jamais à les trouver). Le pire, c’est que c’est moi qui ai fait la liste… De mon côté je veux essayer de frimer avec des articles qui font classe quand je passe devant la caisse et la ménagère de 50 ans. J’ose pas demander où est la confiture de lait, avec mes bras tatoués et ma voix grave, ça le fait pas. Je fais du breakdance entre les rayons, ma tête bouge de partout et passe 10 fois au même endroit. J’envoie des SMS chelous à ma chérie qui me guide dans les rayons. N’y voyez rien de misogyne, elle n’est pas préposée aux courses, c’est juste que je suis inapte et que j’ai besoin d’assistance. Si la DGSI surveille mon téléphone, ils doivent s’imaginer des trucs : « mascarpone, combien de pots », « confiture de lait ok ». Une bonne dizaine de messages plus tard, il ne me reste que 2 articles à trouver mais pas des moindres puisque j’ai dit à mon fils que je lui ferais des hot-dog quand une annonce retentit dans les haut-parleurs pour annoncer la fermeture dans 15 minutes. Je ne stresse pas. Cinq minutes plus tard, je constate que je devrais, car ça passe vite. Saucisses, pain à hotdog, fonce mec. Tu es venu pour ça à la base, pas pour le sucre vanillé. Le truc, c’est qu’ils tendent des pièges chez Leclerc. Les derniers comme moi, les losers, ils ont double peine. Les éclairages des rayons baissent légèrement pour te préparer à partir, sauf que t’as encore plus de mal à trouver tes articles du coup. Je file au rayon boucherie et lui explique le truc du hot-dog, je lui parle de knack et saucisses de Francfort. Elle me demande lequel je veux et je lui réponds que peu importe. Elle me répond qu’elle n’en a pas et que c’est au rayon charcuterie. J’ai envie de la démonter. Je lui dis même pas merci. C’est ma première en vingt ans de courses. Je demande autour de moi où sont les saucisses, chaque seconde compte. À part qu’à ce moment les gens sont dans la même merde que toi et ne te répondent pas forcément. Je pense avoir terminé ma mission. Il est 19:30. Petit échange sur le temps qu’il fait avec la caissière et je file. Mais à Leclerc, c’est jamais fini. À croire qu’ils veulent plus que tu reviennes. Il y a toujours une surprise ou un piège (c’est le café gourmand qui te fait de l’œil et que tu finis toujours par prendre).  Quand t’as chargé ton coffre en vrac (car les poches t’en as trop à la maison mais jamais dans ta voiture), ben, tu dois encore galérer et aller remettre ton chariot sans te tromper de chainette (il faut enfiler celle de l’autre caddie et pas la tienne), sinon ta pièce, elle ne sort pas.  Sur ce coup, je me tâte quelques secondes à abandonner le chariot sur le parking mais je me dis que le remettre est plus marrant. Le premier fan de supermarché qui ira faire ses courses le lendemain matin sera puni par mon caddie paraplégique. Ça me suffit pour kiffer et pour l’imaginer avec le boiteux. Ben ouais mec, tu ne peux pas commander sur ordi comme tout le monde.

Recevez les nouvelles chroniques du bord direct dans votre boîte. Promis, pas de spam, juste du MonVilain pur.

Tu peux le garder pour toi.
Ou l’envoyer à quelqu’un de bien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *