Mes Vosges

Sinon à part ça je suis rentré dans mon pays natal voir les vieux potes et ce qu’il reste de ma famille. Dans les Vosges profondes les gens sont gentils. Les flans sont à la myrtille et les pâtés sont lorrains, c’est-à-dire au vin blanc. Quand je suis passé en caisse avec le combo flan et pâté, j’ai pas perdu un bras. Là où je vis maintenant, tu pleures même pour une baguette …et c’est pas forcément bon. Ils disent que c’est à cause de l’humidité de l’océan. Moi je pense que la farine est espagnole et que c’est du 1er prix. Attention, j’ai rien contre les Espagnols. Dans ma montagne vosgienne, je suis retourné au bar du coin. Trente ans avant, la serveuse était sympa. La nouvelle aussi a l’air cool mais elle me connait pas. Je suis passé du stade de célébrité du village à inconnu. On a parlé de ce qu’on buvait il y a maintenant 30 piges dans son rade. Jusqu’à ce que je comprenne qu’elle était même pas née à cette époque et que ça devait la gonfler d’écouter un vieux jeune qui radote. Le temps passe mais l’ivresse reste la même. La mode du moment, elle m’a dit, c’est de boire des pintes lorraines. La pinte Lorraine, c’est du supersolide : pinte de Picon (ambiance Vosges donc dark) avec un grand fond de Mirabelle locale. Elle m’a expliqué que c’est vendu 16 €. J’ai trouvé ça cher mais elle m’a dit que t’en bois qu’une. J’ai compris pourquoi.

6 pelloches

Sinon à part ça j’ai envoyé 6 pelloches à développer et j’en ai reçu trois clean et trois crades. Les autres sont inexploitables. Le labo m’a appelé. Ils ont appliqué les recommandations du fabricant pour la chimie et le temps de développement mais visiblement c’était pas la bonne information. D’habitude c’est moi qui fout tout en vrac.J’étais content que ce soit d’autres pour une fois. Le technicien a dû être surpris d’entendre mon ton super détendu au téléphone alors que j’ai perdu des heures de taf (la moitié des images de l’été ne verront pas le jour). J’accepte cette part de risque en bossant en argentique mais je pensais que ça n’arrivait qu’aux autres. Je confie le développement à d’autres car j’ai deux mains gauche. Mon job s’arrête à presser sur le déclencheur au bon moment et à remettre une pellicule quand le compteur affiche 36. Avec le temps j’arrête de faire le superhéros et je fais juste ce que je sais faire. Le technicien aussi. On a pas eu de chances, problème de chimie et d’alchimie.

Pas de clopes à la neige

Sinon à part ça, j’ai posté une story hier sur laquelle j’estime que le décret qui interdit les clopes à la neige est un décret à la con. J’ai reçu des messages me précisant que les gens n’étant pas responsables et que cette décision était plutôt utile selon eux. Que l’on soit clair. Je ne fume pas. (Personne n’est parfait, j’ai essayé mais j’en fumais trop) et j’ai aussi constaté les mégots sur les pistes pour y avoir bossé 10 piges. Cependant, sous prétexte que les gens seraient irresponsables, on sanctionne à coup de répression et de privation de liberté (vu le comportement exemplaire de nos politiques en ce moment, la notion d’irresponsabilité m’étonnera toujours). Si on ajoute les liens sombres qui relient ces mêmes politiciens aux industries du tabac, je ris jaune. Alors peut-être que vous trouvez ça normal, ben moi je dis qu’on se fout de notre gueule. “Les gens” ne sont pas tous cons ni des moutons idiots que l’on devrait punir à chaque fausse route. Ce n’est PAS le rôle fondamental d’un État. L’État n’existe pas pour “punir”, mais pour protéger les droits individuels, protéger la propriété privée et garantir que personne ne fasse violence à personne. Point barre. N’oubliez jamais que le jour où vos propres droits seront touchés, vous regretterez. Ce sera certainement trop tard. Le droit d’autrui, c’est un peu le vôtre. Principe de libertarien.

Halloween sa race

Sinon à part ça, j’ai pas trop envie d’être en automne. Ça sent Halloween puis l’arrivée de l’hiver, puis de Noël… Le soleil qui se couche tôt, la météo bancale, bref. Que du bullshit. Je me demande d’ailleurs qui a inventé le calendrier. Quelle buse l’a fait sur un an renouvelable ? Le calendrier, moi je l’aurais fait variable, libre et sauvage. Je ne suis pas anarchiste mais libertarien. Un défenseur des libertés individuelles, prisonnier de 4 saisons imposées. Je te foutrais un coup de pied là-dedans pour exiger la surprise. Une fois 40 degrés le matin puis la neige le lendemain quitte à attraper la crève.  Plus de saisons ni de vacances. Je préfère être un homme libre mais enrhumé plutôt qu’un homme enchainé en forme. 

Pelloch Neuves

Sinon, à part ça, je suis prêt pour l’été. J’ai reçu un stock important de pellicules pas cher. Un noir et blanc 400 ISO passe partout. Un grain moyen, une définition moyenne pour un rendu… moyen 😊. Je vais taire la marque. Inch Allah, un jour, ils me demanderont d’être ambassadeur, je ne refuserai pas. L’autre jour, je me disais que je n’étais pas un si bon photographe. J’ai eu cette révélation une nuit où je faisais le bilan de ma vie. Étonnement, ça m’a détendu. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre, comme disait l’autre « « Sur un malentendu, ça peut marcher ». » Quand tu as compris ça, tu dors mieux. Je vais tout miser cet été sur mes séries. Ce que je fais de mieux (ou de moins mauvais), ce n’est pas apporter un cadrage parfait au millimètre. Ce que j’aime faire, c’est mettre l’autre en valeur. L’oublié ou le banal ou les deux à la fois, souvent, ça va ensemble. À quoi bon chercher à photographier l’exceptionnel. Si la vie existe, c’est grâce aux autres. Prenons le cas des bêtes : l’exemple, c’est la fourmi. Rien de fou en apparence, mais des superpouvoirs quand tu t’y penches. Même si beaucoup préfèrent photographier le plus grand des requins blancs jamais observés, ben moi, je bande sur la fourmi

Les jeunes

Sinon, à part ça, je n’ai pas beaucoup publié. Je n’avais pas la foi, comme un manque de rage.  Un flux intérieur continu, la sensation de ressentir le vieillissement cellulaire. C’est drôle comme à chaque approche de la dizaine, on trouve une excuse pour se convaincre qu’on est encore jeune  : « Là, ça va, franchement, le pire, c’est la dizaine d’après ». »  Je me suis demandé si à 90 ans, tu te disais toujours ça.  C’est important, la relativité. Ma lutte du moment, c’est de prendre la tête aux gens qui me disent que les jeunes ne sont pas bosseurs, qu’ils sont cons, feignants et débiles. J’ai eu la maladroitesse de le (presque) penser une ou deux fois, mais j’ai vite évacué le truc de ma tête. On va rester factuel et partir du principe imparable (qui devrait clore le débat) que les jeunes ne peuvent pas naitre idiots. On est tous identiques à la naissance, vierges, bruts comme un reset d’iPhone. Si on part du principe que les jeunes sont feignants, c’est que la société les a menés à cet état (ou que l’on se trompe). Si on accepte le fait qu’ils sont feignants, c’est donc de notre responsabilité de ne pas avoir réussi à les motiver. Alors, la prochaine fois que tu penses toujours ça, flagelle-toi avec un balai ou ton Dyson pour leur avoir laissé un monde pourri. Deuxièmement, et même s’ils étaient feignants (ce qui ne veut rien dire), il faut comparer les jeunes à l’environnement en cours et pas les jeunes de maintenant avec ton environnement d’avant. C’est comme les francs constants ou les francs variables. Dire que la baguette coutait 1 franc ne veut rien dire. C’est un argument du Front national pour leurrer ceux qui regardent TF1. Voilà pour le côté math. Pour le reste, n’oublie pas que chaque génération a critiqué la nouvelle. Que l’évolution, c’est comme le marché en immobilier, c’est lui qui fait la loi, pas toi. Le futur, ce sont eux. Ça te fout peut-être la rage, mais ce sont eux les patrons. Discute avec eux et tu verras qu’ils sont carrément conscients du monde qui les entoure. Je me dis qu’on a bien été matricé pour croire que le boulot, c’était la vie. (Perso, ça n’a jamais marché chez moi.) Dès le lycée, j’ai senti l’arnaque.

On vit une transition incroyable, tout est remis en question. Le bitcoin a bouffé la monnaie de singe, les genres disparaissent, on repense toutes les fausses vérités. Ton boulot pourri, ils n’en veulent simplement pas et je les comprends. Tes politiciens de merde aussi touchent le fond. Ta gauche/droite, c’est du vent. Ton schéma familial à l’ancienne, c’est terminé. Il y a des baffes qui se perdent et elles ne sont pas pour eux, mais pour toi.


Gilles

Rencontre d'un homme à Bordeaux
Gilles

Rue Sainte-Catherine, Bordeaux. Un samedi après-midi. La street est blindée. Je ne me sens pas à l’aise et me cale contre un mur gris d’une belle bâtisse bordelaise, le genre de façade qui a traversé le temps. Mon appareil est prêt, mais il me  faut encore un moment. Je ne suis pas performant dans un nouvel écosystème turbulent. Un biais cognitif appelé l’effet de projecteur. J’observe scrupuleusement les autres sans motivation particulière pour voler des photos. Continuer la lecture « Gilles »

Thermomètres

Sinon, à part ça, j’ai acheté des thermomètres. Je les prends par packs. J’aime ceux qui sont en faux bois chinois. Pas ceux en plastique blanc vendus en tête de gondole des grands magasins à côté de la couture ou des pansements. J’en ai placé partout chez moi. En extérieur et en intérieur.

Celui d’extérieur est lisible depuis l’intérieur aussi, tant qu’à faire. (Minutieusement accroché derrière la baie vitrée sur un poteau de la terrasse). J’aurais pu m’arrêter là, sauf que le thermomètre est sous la terrasse couverte, donc sous abri. J’ai bugué super vite et me suis demandé si la température sous abri allait m’être utile compte tenu des tonnes d’appli que j’ai dans mon iPhone et du fait que si j’ouvre la baie, je peux savoir s’il fait froid ou pas en tendant le bras. Chat GPT n’a pas pu m’aider. Même la version payante 4.0 n’a pas pu se prononcer. Il faudrait que je vous montre sa réponse à mon dilemme, ça vaut le détour. J’espère d’ailleurs ne pas me faire bannir par chat GPT. Un jour, il va me boycotter. Bon, tout ça a remis l’usage du thermomètre en question quelques instants, mais je me suis rassuré en me disant que si ça se vend, c’est que c’est utile. Inch Allah, on verra. Une fois placé, je ne me suis pas arrêté là. J’ai testé l’intérieur du frigo mais surtout, j’ai placé un second thermomètre en zone non abritée pour compléter le premier sous abri et ça a été le début de la galère pour choisir la bonne température. Je ferai une moyenne des deux. Ce n’est pas très conventionnel, mais plutôt cartésien. Si la boulangère me parle de température, je serai en mesure de lui donner les trois (sous abri, hors abri et la moyenne).  En intérieur, j’en ai mis dans la chambre et le salon. Celui du salon m’ayant indiqué un résultat chelou, je me suis demandé si ce n’était pas le fait de le poser sur une surface froide qui faussait la lecture ambiante. J’en ai donc acheté un autre que j’ai fait pendre pour vérifier le premier. L’intérêt de doubler les thermomètres, c’est de s’assurer de leur fiabilité. J’ai hésité à prendre deux modèles différents ou deux fois le même. Après réflexion pointue, j’en ai conclu tout seul, sans Chat GPT, que prendre deux fois le même modèle me permettrait de vérifier uniquement qu’un des deux n’est pas bugué, mais cela ne me garantirait pas la précision du modèle en question. Et choisir deux modèles différents ne me garantit pas qu’un des deux n’est pas bugué en revanche. À mon sens, pour être serein, il faudrait d’abord étalonner votre thermomètre officiellement pour s’assurer qu’il est précis, puis en acheter un second pour vérifier que le premier n’est pas cassé. Ce n’est pas parce que tu as la Rolls-Royce des thermomètres que tu es certain qu’il ne soit pas cassé (une chute en entrepôt pourrait le dérégler et l’employé le remettra en carton sans rien dire, enfin moi, je ferais ça…). 

Donc, tout est en place à la maison. Je peux vous donner la température en étant assis, debout, dehors ou au lit. Mon installation est rigoureusement bien pensée, mais depuis 10 jours, je n’en ai pas eu l’utilité. Un baromètre serait peut être mieux…

Un gars de la classe

Sinon, à part ça, je me suis souvenu d’un gars de ma classe quand j’étais à ma cinquième année de lycée. Il s’appelait Bobby. Brun, 1,60 m, teigneux, mais drôle à la fois. Le type habitait en montagne, notre lycée était dans la vallée.

Il devait se taper une heure de bus matin et soir pour venir. Le premier jour de cours d’espagnol, j’ai cru qu’il était parti trop vite de chez lui et qu’il avait oublié ses affaires. Au bout de cinq jours sans affaires, j’ai compris qu’il s’en fichait. Quand bien même il prenait des heures de colles, le gars était solide. C’est devenu mon voisin de classe. Moi, je n’avais pas le courage de tenir tête à la prof. J’ai décidé de venir en cours quand je voulais. C’est plus simple. Bobby lui devait aimer être au chaud. Ça devait le changer de sa maison de montagne en altitude et mal isolée. Je ne suis jamais allé chez lui, mais 30 ans après, je réalise que mon Bobby ne devait pas avoir la vie facile à la baraque. C’est maintenant que je comprends que sa situation était même précaire. À 17 ans, il portait déjà une partie de la misère du monde. Quand tu es jeune, tu ne fais pas gaffe. Je me demande ce qu’il est devenu… Son seul kif, c’était de conduire un camion. Un camion de marque Scania, il disait. Le peu de fois où il sortait un stylo, c’était pour dessiner un Scania. Je connais la marque par cœur désormais. J’espère pour lui qu’il a réussi son rêve. Il aurait pu être crêpier Bobby. Un jour, il est venu en cours de math avec une crêpière. Il a enchainé les crêpes au Nutella pendant 1 h. Peut-être ne vous me croirez pas, mais je vous assure que c’est vrai. J’ai vécu cette scène avec la prof qui essaie de le raisonner, mais qui est débordée parce que tout le monde soutient Bobby.

C’était ce matin, j’ai repensé à lui, je ne sais pas pourquoi. Il m’a probablement impressionné. Comme le jour de rentrée où il avait trouvé une flute d’occasion qu’il avait repeinte salement avec de la peinture. Il n’a jamais pu sortir un son avec, les trous étaient bouchés. Depuis des années, dès que je croise un Scania, je me dis que c’est sûrement Bobby au volant. 

L’atelier

Sinon, à part ça, je ne suis pas beaucoup à l’atelier. carolinecustom y fait des permanences l’après-midi. Je n’aime pas les permanences, cela me fait penser à mon service militaire. On « bitumait » six heures d’affilée. « Bitumer » c’est monter la garde debout, sur le bitume. (Pas besoin d’aller chercher loin les explications sémantiques il faut rester basique…).

J’ai vendu qq photographies qui sont en haut de l’escalier et tu tombes forcément dessus si tu vas te faire tatouer à fantaisienoire . Je pense sincèrement que je n’en vendrais pas sinon. Qui a envie d’exposer chez lui une image d’un inconnu en maillot de bain ? Aimer mes clichés, c’est pas normal. Pour les acheter, il faut être tordu. Les exposer, c’est de la psychiatrie. J’en suis conscient. J’ai déjà essayé de shooter des trucs qui font consensus, mais j’ai vite constaté mon inefficience au point de vouloir arrêter ma passion. Depuis peu, j’accepte ma condition. Je gribouille. Je griffonne. Je révèle ce que mes yeux voient. Le beau ne me fait plus vibrer. J’observe des comportements, je vous les présente. Point barre. Il y a même une part de jouissance dans cette démarche : celle de rentrer dans la vie d’un inconnu un court instant. La photo de plage, c’est un plaisir solitaire. De la balade à la prise de vue, la photo documentaire, c’est la Harley de la photo.  Une action pourtant simple en apparence, voire insipide, mais incroyablement complexe. Je vous invite à tester. Il faut des années pour être à l’aise, cadrer à la volée, trouver la scène intéressante et la rendre pertinente. Tout va vite. On a un seul essai. Il faut composer avec l’humain. Désamorcer les réactions virulentes, rassurer, apaiser.

Ce que j’aime encore plus dans cet art, c’est qu’on n’est jamais content du résultat. L’alchimie, elle, est théorique. Elle arrive tellement rarement qu’elle nous incite à recommencer sans autre but qu’une satisfaction personnelle. L’humilité d’avoir immortalisé une époque, une scène de vie que peu vont apprécier.